vendredi 8 août 2014

Petite appellation, grand vin rouge !

[Mise à jour 15-02-2017] Pour les vins de l’ancien monde, beaucoup d’amateurs font leurs choix en se basant sur les appellations, les AOC/AOP pour la France, DO/DOC pour l’Espagne, DOC/DOCG pour l’Italie. Pour les non-initiés, une AOC est une Appellation d’Origine Contrôlée et, pour pouvoir afficher ce sigle sur son étiquette, le vin doit non seulement provenir d’une région bien précise, mais aussi répondre à un cahier de charges très strict. Les choix de cépages, leur pourcentage, de nombreux paramètres de culture de la vigne (densité des plants, type de taille, rendement maximal, etc.) et de techniques de vinification sont spécifiés et contrôlés par un organisme indépendant. Le but est de garantir des vins de qualité qui correspondent à une tradition viticole régionale donnée.

Il existe aussi les IGP, Indications Géographiques Protégées, qu’on appelait autrefois Vins de pays. Celles-ci vous garantissent aussi une provenance géographique précise et l’adhérence à un cahier de charges de base qui laisse plus de liberté aux vignerons. Certaines appellations contrôlées sont plus recherchées que d’autres, mais elles offrent une aura de prestige permettant en général de vendre les vins AOC plus chers que ceux classés en IGP.

Avec le temps, tout évolue, y compris les façons de faire le vin. Par contre, changer le cahier des charges d’une appellation donnée est très difficile et surtout très lent, car il faut obtenir un consensus entre nombre de fortes personnalités, aux intérêts souvent divergents. C’est pourquoi il n’est pas rare de trouver, dans les nouvelles générations, des vignerons qui choisissent de travailler selon leur vision et de s’affranchir des règles des AOC.

Certains réussissent d’ailleurs très bien. C’est le cas de Peter Fischer, un vigneron d’origine allemande, formé en Californie, propriétaire depuis 1985 du domaine Revelette, près d’Aix-en-Provence. Précisons que le domaine est en culture biologique et que ses techniques de vinification visent à minimiser les artifices œnologiques, dans la mesure du possible dit son site Web, donc sans tomber dans les pièges idéologiques.

Son Grand Rouge Revelette est un authentique grand vin, même s’il est vendu sous l’appellation IGP Bouches-du-Rhône. Il est produit avec les cépages Syrah, Cabernet-Sauvignon et Grenache. Les proportions des différents cépages ont évolué au fil du temps suivant la vision de Peter Fischer, mais elles obligent maintenant au déclassement en IGP, car l’AOC Coteaux d’Aix-en-Provence exige une dominance de Grenache.

Le résultat donne un rouge costaud, puissant même, qui a été salué par nombre de critiques exigeants, dont Alain Lebel, le guide Gault & Millau ou Jacques Benoit, qui le qualifie de magnifique vin, avec «un style un peu carré qui rappelle certains Châteauneufs-du-Pape.» 

On peut le boire assez jeune, à condition de l’aérer sérieusement pour arrondir ses tanins, ou le laisser vieillir en cave longuement, comme en fait foi la dégustation racontée dans le blogue La Pinardothek : le millésime 1995 tenait encore très bien la route en avril 2014.

Si vous trouvez le Grand Rouge un peu cher pour votre budget – il vaut pleinement son prix, mais il est toujours sage de contrôler nos dépenses – vous pouvez goûter au savoir-faire de Peter Fischer avec le Château Revelette, un rouge fait de 50% Grenache, 30% Syrah et 20% Cabernet Sauvignon. Ceci lui permet de s’étiqueter Coteaux d’Aix-en-Provence (AOC), mais c’est surtout un très beau vin rouge aux saveurs de fruits et de garrigue. On peut le boire jeune et il sera un merveilleux compagnon pour un gigot d’agneau aux herbes de Provence.

À votre santé !

Alain P.

Liens

Fiche du Grand Rouge de Revelette sur HippoVino (Hipponote 3.5* $$$$ SAQ : 37.75 $)
Type de production : bio


Fiche du Château Revelette sur HippoVino (Hipponote 3* $$$ SAQ : 23.30 $)
Type de production : bio

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