lundi 6 mars 2017

Acheter du vin, comme investissement ou pour le boire?

Personnellement, tout le vin que j’achète est destiné à être bu. Si je vous parle d’investissement aujourd’hui, c’est parce que plusieurs personnes m’ont questionné à ce sujet récemment.

La valeur extraordinaire atteinte par certaines bouteilles dans les ventes aux enchères (par exemple les 13 320 euros pour un Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1961 dont nous avions parlé sur HippoVino Hebdo en juillet dernier) prouve qu’on peut revendre de vieilles bouteilles avec profit. Le vin est-il donc un placement intéressant?

Image du site Web Paul Jaboulet

Sur un article récent du site Internet français La Tribune, on lit que le marché des vins de Bordeaux  a offert un rendement annuel de 5.3%. On y trouve même une promesse de rendement annuel net de 12% par un promoteur de ce type d’investissement. Avant de boire ces paroles,  prenez le temps de réfléchir un peu.

Toute promesse d’investissement sûr avec un rendement garanti à 2 chiffres est hautement suspecte, n’importe quel conseiller financier sérieux vous conseillera la prudence.

Le rendement du marché n’est pas un indicateur de revenu garanti. La bourse a beaucoup progressé dans le dernier siècle, est-ce qu’un placement boursier est synonyme de gain facile et sûr pour autant? Bien sûr que non, la bourse n’est pas simple et le vin non plus.

Commençons par régler le cas des vins qui se vendent une fortune, comme l’Hermitage La Chapelle dont nous parlions plus tôt. Ces prix hors normes ne reflètent pas la vraie valeur du vin, mais sont le fruit d’enchères passionnées qui dépassent la raison. Oui, elles permettront aux autres bouteilles d’Hermitage La Chapelle de se vendre un peu plus cher, mais si vous n’en avez pas déjà un millésime 1961 dans votre cave, ne rêvez pas trop.

Pour que les prix d’un vin augmentent vraiment, il ne suffit pas qu’il soit bon. Il doit aussi, et je dirais même surtout, être rare. Il sera donc difficile à trouver et soyez prudents, car les contrefaçons sont très répandues.

Ensuite, même si vous avez mis la main sur quelques bouteilles prometteuses, n’oubliez pas de prévoir que vous devrez faire face à des coûts pour le stockage et les assurances tant que vous les conserverez. Et pour faire du profit, il faudra les garder plusieurs années.

C’est un marché moins liquide que le contenu des bouteilles, vendre n’est pas toujours simple. Il est parfois difficile de trouver des acheteurs pour un cru particulier, au prix espéré. Plusieurs de mes amis ont été très déçus des prix obtenus par certaines de leurs bouteilles aux enchères. Sans compter que pour les grandes bouteilles, il faut les faire expertiser (autres coûts à prévoir) et que des facteurs hors de contrôle peuvent faire baisser le prix. Si le niveau de votre précieuse bouteille a diminué, sa valeur va chuter.

Bien sûr, si vous avez les moyens, rien ne vous empêche d’acquérir des bouteilles de grands vins et d’en revendre plus tard. Mais je ne vous recommande pas de miser votre retraite là-dessus. Nous ne prévoyons pas non plus indiquer les valeurs potentielles des millésimes de chaque vin sur le site HippoVino. Le site Wine-Searcher est un bon point de départ si vous recherchez cette information.

Mais vos investissements dans le vin ont un avantage indéniable sur tous les autres placements : vous pourrez toujours les boire ! Je dirais même que le rendement en termes de plaisir réel est en général supérieur au rendement financier potentiel.

À la bonne vôtre !

Alain P.

[Mise à jour 10-03-2017] P.S. Pour ceux qui ne me croient pas quand je dis qu’investir dans le vin est aussi complexe qu’investir à la bourse, je vous conseille la lecture de cet article qui a été publié après mon billet original : Fine wine investment: don’t bet on luck.

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